Conférence « Les midinettes, ces grandes oubliées du monde de la mode »

Conférence « Les midinettes, ces grandes oubliées du monde de la mode »

Paris 4e Rencontre & conférence
Rencontre & conférence · le 4 novembre 2026

Première conférence du cycle consacré aux ouvrières proposé par la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Il y sera question des "midinettes" ouvrières de la mode, de genre, de domination et de résistances au tournant du 20e siècle. Par Anne Monjaret, ethnologue.

Le détail

Gustave Charpentier et

d’autres hommes artistes (écrivains, peintres, sculpteurs…), bourgeois ou

évoluant dans des cercles bourgeois au tournant du 20e siècle, ont sorti, à

leur manière, de l’anonymat les ouvrières de la mode, « midinettes »,

héritières des « grisettes ». Mais c’est bien à leur manière qu’ils

ont forgé une représentation de ces travailleuses de l’aiguille, ignorant les

conditions de travail dans les ateliers, pour préférer valoriser l’incarnation

de leur féminité, fruit d’un imaginaire masculin.

Ces artistes ont quelque

peu négligé la réalité sociale. Et quand bien même celle-ci a été prise en

compte, comme a pu le faire Gustave Charpentier, en fondant une œuvre sociale

destinée aux jeunes ouvrières, c’est bien à sa manière, qu’il a cherché à éduquer

ces femmes du peuple. Bien que leur ouvrant une fenêtre sur les disciplines

artistiques qui leur étaient peu accessibles, cette éducation populaire

n’a-t-elle pas été un moyen de mieux les (en)cadrer. Autant d’initiatives qui

nourrissent une vision paternaliste, sinon patriarcale, une vision

androcentrique de la société qui n’a eu de cesse d’enfermer symboliquement et

socialement les midinettes, sous prétexte de bonne moralité, et qui in fine les

effacera de la scène sociale. En quoi les midinettes ont-elles été

gênantes ?

Comment, dans un tel

contexte, démêler le paradoxe de ces relations hommes/femmes, appréhender les

expressions des rapports de genre et de classe qui se sont alors joués autant

que les façons dont les midinettes vont tenter de s’affranchir de cette

domination par de petites et grandes résistances ? Comment expliquer les

« silences de l’histoire » (Perrot) comme les « silences du

patrimoine » (Monjaret) à leur propos ? Les midinettes sont les grandes

oubliées de la mode, plus encore « l’avant-garde

oubliée du prolétariat » (Didry).

Anne Monjaret est, ethnologue, directrice de recherche au

Laboratoire d’anthropologie politique (CNRS/EHESS), elle s’implique dans de

nombreuses revues en SHS, co-anime un séminaire de recherche à l’EHESS. Ses travaux s’inscrivent dans une anthropologie du

travail et portent plus particulièrement sur les cultures, mémoires et

patrimoines professionnels et urbains. Elle s’intéresse aux métiers de la mode

(modiste, couturière, plumassière) et à la figure de la midinette, ouvrière de

l’aiguille parisienne.

Source : Ville de Paris — Que faire à Paris ? (Licence ODbL) Voir la source · Texte de la licence