Underground ! La presse alternative des années 1970 en France

Underground ! La presse alternative des années 1970 en France

Paris 13e Exposition
Exposition · jusqu'au 18 octobre 2026

Créative, bricolée, contestataire : à la charnière des années 1960 et 1970, une presse parallèle surgit en France, en marge de la presse d’information dite « bourgeoise ». Née dans le sillage de Mai 68 et nourrie d’influences anglo-saxonnes – de la Free Press californienne à l’u…

Le détail

L’expositionLa presse alternative se fait l’écho des aspirations d’une jeunesse en rupture avec les modèles dominants : luttes politiques et libertaires, revendications régionalistes, antimilitarisme, engagement antinucléaire, libération sexuelle, quête de nouvelles formes de vie communautaire inspirées du mouvement hippie… Refusant les codes de la presse d’information mainstream, elle revendique l’autonomie, la parole directe, l’expérimentation et le droit à l’utopie.

Un foisonnement graphique et formelMilitante, cette presse est aussi profondément inventive sur le plan formel. Refusant les règles du journalisme traditionnel, elle détourne les genres, multiplie collages, bandes dessinées, typographies manuscrites et éclatement des maquettes. De nombreux artistes et dessinateurs y font leurs premières armes, tandis que les techniques du Do It Yourself (offset, ronéo, linogravure) deviennent autant de gestes politiques et créatifs. Fanzines de poésie, de BD, journaux muraux, tracts ou feuilles éphémères témoignent d’un foisonnement graphique au croisement des arts, de la poésie, du happening, de la science-fiction et de la culture rock.

L’âge d’or des années 1970L’exposition met en relief la décennie 1970, moment d’apogée mais aussi de fragilisation de la presse alternative. Si celle-ci connaît alors une vitalité exceptionnelle, elle se heurte en effet à un certain nombre d’obstacles : précarité économique, périodicité incertaine, censure, saisies et poursuites judiciaires. À la fin de la décennie, l’essoufflement est net. L’avancée en âge du lectorat, l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, la concurrence des radios libres et la bascule esthétique de la génération hippie vers l’énergie punk marquent la fin de cet « âge d’or ».

De la marge au patrimoinePour le remettre en lumière, un fonds patrimonial hors norme de près de 400 titres a été identifié au sein des collections de la BnF, d’abord à l’aide d’un projet de recherche mené par James Horton, docteur en histoire de l’art et ancien chercheur associé au département Droit, économie, politique, ensuite par le patient travail des commissaires de l’exposition. Longtemps insoupçonné, ce gisement documentaire s’est constitué via de multiples sources : dépôt légal imprimeur, recours aux Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) pour certains titres diffusés nationalement, envois volontaires d’éditeurs, dons, acquisitions, mais aussi vigilance de bibliothécaires qui, dès Mai 68, ont perçu l’importance historique de cette presse marginale, souvent autoproduite et autodistribuée.

En valorisant aujourd’hui ces collections, l’exposition participe à la « patrimonialisation » d’un objet initialement rétif à toute forme d’institutionnalisation. Elle entend surtout ouvrir de nouvelles pistes de recherche et inviter à redécouvrir un pan largement méconnu de l’histoire de la presse française. Car ces journaux, souvent éphémères et voués à l’échec économique, ont transformé durablement les formes de l’expression politique et sociale en France, tout en constituant un laboratoire artistique et graphique d’une incroyable inventivité.

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