4.48 Psychose de Sarah Kane. Je ne savais par à quoi m'attendre quand Nadia ROBINET a surgi sur la scène, costume, pieds nus aux ongles vernis noir et lunettes d'écaille. C'était parti pour une performance incroyable. Nadia porte avec sensibilité et intensité la parole, le cri, le chant d'une dramaturge et poétesse britannique disparue à 28 ans. Sarah Kane est animée par la force et la détresse de regarder en face la cruauté du monde (une tradition anglaise depuis Shakespeare !) mais elle est aussi animée par l'amour. Nadia module sa voix, du cri au murmure, de l'imprécation à l'incantation. Avec la gestuelle et la danse, elle crée une magnifique présence-absence sur une bande son créée par Pragma Enigma. Il y a des trouvailles de mise en scène en pagaille, entre ordinateur, plaquettes de médicaments et lacets de baskets. Et je ne résiste pas à citer Sarah Kane inspirée par le mythe d'Orphée : "Je redoute de perdre celle que je n'ai jamais touchée. L'amour me tient esclave dans une cage de larmes, je mange ma langue avec laquelle je ne pourrai jamais lui parler." Un grand texte de fulgurances, de solitude et d'émotion servi par une actrice en état de grâce. A ne pas manquer.
